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Quelle est votre histoire « Aujourd’hui »?

Texte original, rédigé en mai 2021.

Une élève du secondaire âgée de quatorze ans, dans une classe de journalisme de huitième année en anglais. J’avais commencé à avoir des épisodes où je restais figée lorsqu’on me demandait de rédiger en classe, je restais sans inspiration, assise à mon bureau, sans rien faire, le regard baissé. Je donnais l’impression de résister et j’avais l’impression d’être perçue comme paresseuse par mon professeur. Cela n’avait aucun sens pour moi, car j’écrivais de la poésie et je tenais mon journal intime à l’extérieur de l’école. Mais dans ce cours, j’étais complètement figée. Le professeur était régulièrement sarcastique avec ses élèves, il semblait souvent indifférent au fait que nous travaillions ou non, il était irrité, voire aigri d’être là. Il semblait important pour moi que mes professeurs m’approuvent, qu’ils aient une bonne opinion de moi et de ma personnalité. 

Je voulais prouver que j’avais des aptitudes à écrire, mais je n’arrivais pas à écrire d’un point de vue journalistique. J’avais vécu une certaine tristesse à l’adolescence, sans que je sache pourquoi, j’écrivais pour mon plaisir et pour grandir. J’avais écrit un poème psychologiquement assez lourd, que je n’avais jamais vraiment montré à personne. De plus, je ne sais pas encore pourquoi, lorsque j’écrivais en anglais, les mots qui sortaient étaient souvent plus avancés, complexes et descriptifs pour mon âge que lorsque je parlais librement. L’anglais était ma langue seconde. 

Je me suis présentée au début du cours et je me suis approchée du professeur pendant que les élèves prenaient place. À ce moment, je me sentais soulagée de pouvoir montrer à mon professeur que je n’étais pas paresseuse, que je pouvais écrire et que je pratiquais l’écriture à l’extérieur de l’école, même si j’ignorais pourquoi je ne pouvais pas écrire avec la même aisance dans son cours de journalisme. Le moment de vérité était arrivé. Mon professeur allait enfin voir que je n’étais pas paresseuse, que je méritais son attention, que j’étais assez intelligente. Je croyais que j’avais une preuve, et que je pouvais démontrer que je pourrais faire plus d’efforts, etc. 

Je lui ai dit : « J’aimerais vous montrer un poème que j’ai écrit pour que vous puissiez voir que je peux bien écrire même si j’éprouve des difficultés dans votre cours ». Le poème s’appelait « Aujourd’hui ». Il décrivait des sentiments, pendant une période qui semblait lourde, mais que je n’avais pas à lui expliquer. Je croyais que c’était normal, que je traversais des épreuves et que les choses allaient s’améliorer. Je croyais que c’était normal pour une adolescente, que je faisais de mon mieux.

Mon professeur s’est arrêté, semblant presque incrédule que j’aie eu le culot de m’approcher de son bureau et de lui faire perdre son temps. Il a regardé la feuille posée sur son bureau en face de lui. Puis, le choc a eu lieu. J’ai ressenti un vent d’humiliation inattendue. Puis, le sarcasme et le dénigrement ont commencé, devant toute la classe, à voix haute, lorsqu’il a lancé:

« Tu me prends pour un imbécile? Tu n’as pas écrit ce poème! Regarde ça! Tu ne sais probablement même pas ce que signifient la moitié de ces mots! Regarde ce mot, par exemple. Allez, qu’est-ce qu’il veut dire ?! ».

Je n’ai pas eu le temps de me sentir tourmentée. Je suis passée directement au sentiment de choc, de trahison et de remise en question de ma propre réalité. Il avait proféré cela à voix haute en me réprimandant devant toute la classe. Mes camarades de classe étaient sans voix sur leurs chaises. C’était comme une couverture de silence. Je ne sais même pas comment l’appeler autrement. À l’exception de sa voix. Quand j’ai essayé de parler pour protester, il m’a envoyé balader, de la même manière. J’ai vécu ce moment comme une expérience humiliante, puis je l’ai enterrée. La vie continue.

À l’époque, je n’étais pas du genre à faire des histoires ou à protester contre ce qui semblait être l’autorité.

Bien des choses se sont passées depuis. Plus de dix ans plus tard, un jour, en écrivant une carte d’anniversaire pour un employeur, un poème a jailli, intitulé « Aujourd’hui »! Trouvant que le poème n’était pas approprié pour être envoyé à mon patron masculin, car il semblait trop personnel, rempli de joie, je l’ai gardé pour moi et j’ai écrit un autre message d’anniversaire dans la carte.

Plus de trois décennies plus tard, dans un contexte complètement différent, j’ai offert ce poème à certains clients de Pilates, sous la forme d’un minuscule parchemin avec un ruban, pour des occasions spéciales, comme la Saint-Valentin, les Fêtes ou le Nouvel An. Quelques années plus tard, il a pris la forme d’un signet plastifié et a continué à être offert à des clients en massothérapie et en accompagnement personnel.

Le poème a depuis été traduit professionnellement en français à la demande d’un aimable client âgé francophone, et il est reçu avec enthousiasme par de nombreuses personnes depuis. Pendant très longtemps, le poème a été accroché à l’intérieur de la porte de mon bureau sous forme de parchemin de bambou, semblable à un diplôme, sans avoir vraiment révélé son histoire. Étrangement, il porte le même titre que le poème original montré à mon professeur, mais avec une réalité complètement différente. Avec des mots simples, et un message simple.

J’ai pardonné à ce professeur, je ne me considère pas comme brisée et j’ai appris que je me suis laissé influencer par quelqu’un qui n’était pas outillé, ni en mesure, de m’aider comme je semblais en avoir besoin à l’époque. Je suis reconnaissante pour ma vie, et je m’aime et je m’apprécie profondément. Mes sentiments sont ma responsabilité, même face à une apparente injustice. Je suis convaincue que les professeurs ne sont pas tous créés égaux. 

Je suis reconnaissante de pouvoir aider les autres, leur apporter de l’espoir et les aider à voir un peu plus rapidement que les choses ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être, « Aujourd’hui ».

Pour conclure, avant la fin de l’école secondaire, ma vie a été embellie par une professeure d’anglais inspirante, captivante et créative, Mme Butler. Elle a en effet facilité et fait renaître mon point de vue sur mes capacités d’écriture créative, en privé ou en public.

Je rends hommage à cette chère Mme Butler qui m’a marquée par sa digne compassion, ainsi qu’aux merveilleux professeurs qui influencent leurs élèves avec compassion, partout dans le monde, du mieux qu’ils peuvent. Nous, les élèves et les professeurs, sommes tous en constante évolution.